Mon oncle Charles est champion du monde !
par Catherine ATGER-GRELLET........................Les autres tentatives de records.....

Toutes les photos du record
" Mon oncle Charles a non seulement l'âme mais aussi le corps d'un héros. Il est grand, large. C'est son allure qui a toujours frappé d'emblée. 
Même aujourd'hui bien que l'âge soit venu faire son œuvre, ses cheveux balaient le ciel avec leur belle crinière blanche "
Ses formules :
La parole est d'argent mais le silence est d'or.
Se taire, c'est être, c'est dire l'essentiel avec des actes.
Voler, faire un record mondial de durée en planeur, c'est basculer dans l'envers des choses."
Pourquoi ?
- Une réponse à une situation familiale difficile ?
" Oui, mon père était autoritaire choisir le ciel, battre un record c'était pour moi une manière élégante de me délivrer de son joug sans jamais me disputer.
C'est une toute autre réponse que la drogue par exemple. J'ai déjà conseillé à des jeunes cette passion pour le vol à voile.
Car voler, c'est rêver. On est tout seul, dans le silence. Cela demande aussi un esprit sportif, une bonne alimentation, ne pas fumer, avoir un corps sain. "
Sa vie
Il a grandi dans la propriété agricole de son père qui était officier d'infanterie, juriste de formation. Son père, autoritaire, a choisi la liberté de régner sur le royaume de son beau domaine ainsi que sur ses enfants. De famille protestante, Charles a développé le sens de la rigueur, de l'honnêteté, de la sobriété. Il est resté entier, insoumis comme son père à toute autorité, sauf celle du ciel.
Après son record mondial, ne trouvant pas en France le moyen de faire profession de cette passion de l'aviation, il est parti en Argentine où il est resté 40 ans. Là bas, il a travaillé comme taxi d'abord, puis pour des travaux agricoles par avion : du raz de motte en permanence. Il travaillait cinq mois par an. Il a épousé Marie, qui est hélas décédée.
Se trouvant seul et à l'âge de la retraite, il est revenu pour 40 ans encore, arpenter les collines du domaine familial...
L'entraînement
" Je me suis entraîné naturellement. Il y avait les conditions de vie de l'époque. Pour aller à St Auban où j'ai fait mes débuts, à 16 ans, je faisais 20 Km en vélo, deux heures de train, une grande marche à pied. Je ne mangeais pas beaucoup. Manger n'a jamais été un problème pour moi...Lorsque j'ai passé mon brevet de Pilote, à 18 ans, je faisais 40 km en vélo le matin très tôt pour me trouver à 8 heures moins le quart sur le terrain. Je faisais mon tour d'avion, puis, je rentrais à la maison, encore 40 km. L'après-midi, je travaillais sur mon tracteur, parfois jour et nuit.
En planeur, il fallait voler longtemps, car à l'époque, on ne payait pas comme maintenant les heures de vol. On ne payait que le lancement. Ça coûtait moins cher de rester longtemps. Alors, j'ai volé des journées entières, puis je me suis mis à rester la nuit dans le ciel.
Les copains me disaient que je parlais beaucoup, que je crânais avec ma résistance. C'est eux qui m'ont poussé à faire ce record. Au début, je ne voulais pas. Puis, je me suis décidé, car il y a eu des circonstances personnelles qui m'y ont incité.
Je ne me suis pas préparé pour faire un record. Il y avait ma nature passionnée, cette envie de me dépasser, de concilier les exigences de mon père au travail agricole et mon profond désir de voler. J'ai appris à résister, j'ai donné à mon corps l'habitude de se surpasser. C'est alors que des amis ont trouvé en moi l'âme d'un champion et qu'ils m'ont aidé pour réaliser ce record mondial."

Le record
" J'avais déjà fait une tentative, dix jours avant, mais au bout de 27 heures, il n'y avait plus de vent. Je le voyais d'en haut, et j'ai atterri alors qu'il ventait encore un peu. Les copains ont cru que je n'avais pas le moral, mais cela ne servait à rien de se fatiguer inutilement.
Puis un jour, j'étais en train de grimper sur les Alpilles quand un planeur, d'un coup d'aile, m'a fait comprendre que c'était le moment. Je descendis vite. Je dormis un peu. A six heures, le 2 avril, je suis parti dans un planeur en excellent état, un AIR 100.
Il y avait une tempête terrible. Tous les avions d'ailleurs avaient cessé les vols, sauf le courrier. Le pilote du courrier m'a vu, en passant. Dans la cabine, rien ne restait en place, les oranges, tout basculait. Au bout de 24 heures, j'ai voulu manger, mais je ne pouvais rien garder. Les vomissements me faisaient terriblement mal à l'œsophage. C'est sûrement ce qui m'a tenu éveillé si longtemps, toutes les vingt minutes j'étais malade. J'étais en relation par radio avec mon ami Brun. Il me parlait sans cesse. Les journalistes ont dit, pour faire sensation, que j'ai eu des hallucinations. Mais non, je n'ai fait que décrire l'effet des lumières de la ville dans le ciel. Puis la tempête s'est calmée. A un moment, j'ai vu des amis qui étaient venus m'accompagner un bout de chemin avec leur planeur. Ils ne sont pas restés longtemps. Je leur ai demandé pourquoi un peu plus tard : ils n'avaient plus de vent, m'ont ils répondu. J'avais pourtant trouvé moi-même un petit vent ascendant sur lequel je me laissais porter. Il n'y avait pas que la résistance pour gagner: il fallait encore être un bon pilote.
Finalement j'ai entendu mon ami Brun me crier que j'avais battu le record des 56 heures. J'aurais voulu faire 60 heures, mais je me sentais fatigué. Alors j'ai arrêté à 56 heures 15 minutes. A l'arrivée, ils ont été un peu déçus, m'ont demandé pourquoi je n'étais pas resté jusqu'aux 60 heures. Mais je n'ai rien répondu selon ma formule, la parole est d'argent mais le silence est d'or. Car, entre nous, il vaut mieux passer pour un couillon vivant qu'un super champion mort... "

Son élément
" C'est l'air. L'air c'est la vie. C'est la vraie vie que je suis allé chercher sans cesse. L'air pur. Sans air, on ne vivrait pas. Lorsque je faisais mon record de hauteur, j'avais besoin d'oxygène, et heureusement que la bouteille s'est vidée, sinon, j'y serais encore, quarante ans plus tard, en train de monter, monter jusqu'à la lune peut-être !
Maintenant que je suis plus âgé, je n'ai plus vraiment les moyens financiers de voler, je monte en montagne. L'air est pur là bas aussi, et je vois d'en haut des choses que je ne voyais pas depuis mon avion.
J'ai voulu voler, car enfant, je marchais sur les collines, et je rêvais de passer tout droit d'une crête à une autre, comme un oiseau.
L'air, c'est une façon élégante de se libérer.
Si j'avais une autre vie, je choisirais peut-être l'eau. Avec l'eau, on peut ne jamais quitter son élément. Alors que l'air, on peut y rester 56 heures, mais après, il faut revenir, être de nouveau confronté à la réalité de ce monde. L'eau, on a son bateau, on y reste jours et nuits... "

Les brevets, records et éléments de biographie de Charles ATGER
Né le 18 juin 1921. Le désir de voler lui est venu à 16 ans. Il réussit à convaincre son père, qui accepta, à condition que cela ne grève en rien son travail agricole.
En 1938, à 17 ans, il partait en vélo tous les dimanches, à 6 heures du matin. Après 20 km de course, il faisait en train Manosque-St Auban, avant de grimper à pied jusqu'à 1800 m, sur le plateau. Là bas, il a beaucoup travaillé, peu volé. Pourtant, le 12 avril 1939 (17 ans et 10 mois), il a passé son brevet A sur un planeur 11 A (sans cabine). Dans l'année de ses 18 ans, le 20 juillet 1939 il réussit son brevet de pilote d'avion à Oraison. Il faisait alors 40 km en bicyclette pour se rendre à l'entraînement.
En 1940, il fut engagé volontaire comme pilote pour la durée de la guerre à l'école de pilotage de Carcassone/Caillac. Il n'y a pas eu de résultat à cause de l'armistice de Pétain. Il fit alors de la résistance.
En 1941, il se trouve au Centre V.S.M. de Banne d'Ordanche. Il a 20 ans et y passe son brevet B de planeur. En 1948, à 26 ans, il réussit son brevet C, aux Alpilles.
L'année suivante il reçoit l'insigne d'Argent n°725, et le 14 novembre, il tente un premier essai de hauteur, il monte à 4000 m.
Il s'essaie alors à la durée, et reste 12 heure 15 minutes. C'était en 1950...
En 1951, à St.Auban, il reprend ses essais de hauteur. Le 19 janvier, il monte à 6500 m., le lendemain à 7650 m.
Et enfin le 22 novembre suivant il réussit 8200 m. Mais on ne lui fournit pas de barographe allant au delà des 8000 m.
Il n'insiste donc pas pour rien d'autant plus qu'il fait très froid là haut. Il se retourne vers le record de durée.
C'est aux Alpilles qu'il réalise d'abord un temps de 27 heures 40 minutes puis son record de 56 heures 15 minutes. Il avait 31 ans. A cette époque, il comptait 669 h 15 de vol. Il reçut le 14 juin l'insigne d'Or de vol à voile n°77. Le 21 juin suivant, il réalise une longue distance, le but fixé étant St. Vincent/Avord. En juillet de cette année féconde en exploit, il y a en Espagne un concours mondial de vol à voile. Mais hélas, on ne l'emploie que comme chauffeur de Fourgon Citroën. Ce fut, dit-il, une grosse erreur.
L'année suivante, il part en Argentine, tenter sa chance. A peine arrivé, il participe à un concours où il arrive 4ème. Ce score moyen s'explique car il n'avait pas compris, en espagnol, qu'une des épreuves était de vitesse. Il ne fit ensuite là-bas que très peu de vol à voile mais totalisa 33652 heures de vol moteur. Il fut d'abord avion taxi, participa à de la recherche d'uranium avant de réaliser des travaux agricoles par avion.
Il est resté 40 ans en Argentine et se demande aujourd'hui si sa langue maternelle est le français. Bien des choses se disent tellement mieux en espagnol !


Les records

- Janvier 1948 : Marcelle Choisnet - 19 h 50 sur Meise

- Novembre 1948 : Marcelle Choisnet - 37 h 07 sur Air 100

- Mars 1949 Guy Marchand - 40 h 51 sur Nord 2000

- Novembre 1951 : Choisnet et Mazelier - 28 h 51 sur CM7

- Avril 1952 : Charles Atger - 56 h 15 sur Air 100

- Février 1952 : Carraz et Branswyck - 53 h 00 sur CM7

- Décembre 1953/Jan 1954 : Lebeau et Fronteau - 56 h 11 sur CM7

- Avril 1954 : Couston et Dauvin - 57 h 40 sur Kranich III

- Décembre 1954 : Garbarino et Mathé - 38 h 11 sur CM7

 Merci à Maurice GROS pour ses informations.

Pour sa venue en Creuse en 1998, il m'avait promis de revoler sur "son" AIR 100. Il a tenu parole ! Charles ATGER a maintenant 81 ans et il garde le même enthousiasme qu'à ses 18 ans. Il vole au dessus de ses chères Alpilles.
Juillet 2001 - A. Coldre  
site Internet du club des Alpilles : http://perso.libertysurf.fr/aeroclub.alpilles/
email : aeroclub.alpilles@libertysurf.fr


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