La FORTERESSE VOLANTE
La Creuse se souvient


....
Jean-Claude Montmartin et Dominique Ducourtioux ont réussi à retrouver quelques morceaux de l'avion qui avait été dispersé à travers le département. L'avion n'étant plus opérationnel, Bob avait en effet accepté que son engin soit démonté et serve aux Creusois.
Lu dans "La Montagne" mardi 29 mai 2001.

Je me souviens de cet avion embourbé dans un champ...

Peut-être l'avais-je vu passer..

À dix ans, lever le nez, voir les forteresses volantes était voyage et poésie, tout comme le soir, écouter derrière les fenêtres bleuies de la "défense passive", les messages surréalistes des maquisards.

Savais-je que dans ces avions des jeunes gens risquaient leur vie ? Imaginais-je les bombes dans la soute ? Et qu'à notre joie de voir passer ces avions, correspondrait l'épouvante d'inconnus, vivant trop près d'une usine ou d'une voie ferrée ? Les petites croix d'argent du destin qui passaient au-dessus de nos têtes n'étaient qu'innocent spectacle, symbole d'espoir. Avons-nous jamais compté les avions qui repassaient, plus légers, moins nombreux ? Avons-nous estimé leur vitesse et la distance probable de leurs cibles ? À l'école, sous la photo du Maréchal, nous avions déjà fort à faire avec les robinets qui fuient et les trains qui se croisent...

Un jour pourtant, cet avion a frôlé nos jeux.

La nouvelle, arrivée dans la forge de mon père à la vitesse des "on dit que..."et des "à ce qu'il paraît..." nous a fait démarrer la C4 pour "aller voir" aussi.

Et nous n'avons pas tardé à voir... tous ceux qui allait voir.

Braves gens convergeant comme des fourmis magnétisées par une fièvre de chercheurs d'or.

L'avion avait un peu labouré le champ. Les moteurs s'étaient détachés. Mon père avait pris ses outils. Mais il n'y avait plus grand chose à piller dans cette épave quand il a sorti sa scie à métaux.

Avons-nous jamais connu le sort de l'équipage ? C'était secrets de grandes personnes.

Je me souviens d'avoir joué par la suite avec des tronçons de tubes d'aluminium et d'en avoir équipé ma canne à pêche. C'était l'époque ou "n'importe quoi" pouvait servir "à quelque chose".

Cinquante six ans plus tard, en apprenant que le pilote avait un visage et un nom, que les trois membres de son équipage sont morts, que le 6 février 1945 il avait 23 ans, je fais à nouveau de l'arithmétique...

Jean Féron 29 mai 2001

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